Pétrone au programme du bac 2018 et 2019

lundi 9 octobre 2017
par  Stéphanie Rochatte
popularité : 1%

La Cena Trimalcionis en lecture intégrale.

Œuvre : Pétrone, Le festin chez Trimalchion (Satiricon, XXVII-LXXVIII)

Le Satiricon de Pétrone, véritable roman picaresque et de mœurs, raconte avec une exagération assumée dont le caractère burlesque fait penser au Diable boiteux (1707) de Lesage, les aventures, en Italie méridionale, d’un petit groupe d’individus issus de milieux sociaux différents.

Dans cette succession assez lâche d’aventures, Encolpe, le narrateur, Ascylte, Giton et Agamemnon se rendent à un banquet. Tout au long de l’épisode, ils vont assister à un véritable spectacle. C’est à travers leur regard que le lecteur va vivre cette cena : ils ne participent pas véritablement au festin, ils sont présents sans être présents ; la fonction d’Encolpe est purement narrative : il est là pour raconter ce qu’il voit. Paul Veyne émet l’hypothèse que ce personnage serait ici « l’œil de l’auteur dans le récit » : pour dépeindre ce monde des affranchis, le personnage emprunte une attitude ironique, se moquant aussi bien des invités que de ses propres compagnons moqueurs.

Ce banquet se tient chez Trimalchion, qui, comme tous les invités, est un affranchi. Il a fait fortune ; il déroule le récit de sa « success story » dans un extrait (§ 75-77) qui témoigne, par ailleurs, de ce que sont les valeurs du monde des affranchis, à savoir l’argent et la capacité à faire des affaires.

L’épisode de la cena permet par ailleurs un travail sur la thématique du corps, et plus particulièrement du corps des affranchis. Ces anciens esclaves n’appartiennent pas à un ordo : leur réussite sociale est due au fait qu’ils ont été beaux, qu’ils ont été des pueri aimés du maître [« Tamen ad delicias ipsimi annos quattuordecim fui. Nec turpe est, quod dominus iubet », Satiricon, 75].

À travers eux se pose la question du corps sexué de l’esclave, de son impudicitia qui lui sert de promotion sociale [« Impudicitia in ingenuo crimen est, in seruo necessitas, in liberto officium », Sénèque le Rhéteur, Controv., IV, praef. 10.].

Ce passé d’esclave est visible dans la présentation de soi : c’est la présentation du corps qui le fait reconnaître socialement. Les affranchis n’ont pas les habitus que les enfants libres apprennent très tôt : ils n’ont pas des corps qui ont la rigueur, le pudor des Romains des classes supérieures. Et, de fait, de nombreux extraits de l’épisode nous renvoient à ce code social du corps :

- au cours de la scène aux bains (§ 27-28), les premières annotations descriptives sont consacrées au crâne chauve de Trimalchion, marque de son affranchissement, à son vêtement, son entraînement physique, au soulagement de sa vessie, à son corps frictionné et inondé de parfum ;

- au début du festin (§ 32), il est apporté comme un plat et s’exhibe en s’autorisant le geste indécent de montrer son bras ;

- au § 47, il nous livre une réflexion sur les mugissements de son ventre et la nécessité de se soulager, même en plein repas, etc.

Dans ce contexte, rien d’étonnant à ce que l’auteur ait mélangé style noble et style bas en « un constant dialogue entre le prosaïsme et la fantaisie, la laideur et l’idéalisation » (cf. A. Michel, infra, p. 124). À la source de ce dialogue, on trouve l’hétéroglossie constituée du langage des affranchis s’opposant à la langue élégante du narrateur (cf. A. Michel, infra, p. 124). L’irruption de la langue parlée au sein d’un texte écrit est un élément original de cet épisode, occasion d’une réflexion porteuse sur les manières de la rendre en traduction.

(...)

Enfin, en suivant l’ouvrage de Florence Dupont, Le plaisir et la loi, on pourra lire ce festin en référence au Banquet de Platon : elle y présente la cena comme un « banquet désarticulé », un « anti-banquet » où la parole libre, celle du logos sympotikos, est rendue impossible par la présence tyrannique de Trimalchion qui dirige tout.

- Édition de référence : Pétrone, Satiricon, texte établi et traduit par Olivier Sers, Paris, Les Belles Lettres, « Classiques en poche », 2001.

à lire en ligne dans une autre traduction :
http://remacle.org/bloodwolf/roman/petrone/partie2.htm



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